Gamification : le temps de l’essaimage

Gamification aborde sa deuxième étape : le projet européen fait des petits, essaimant dans le territoire béarnais, toujours sur la base d’une expérimentation sociale pour ceux qui voudraient bien voir leurs compétences reconnues.

Dans le local d’une association locale financée par le dispositif public d’insertion, devenu impuissant au fil des années, cinq personnes se sont réunies à l’invitation de la conseillère d’insertion. Vidiane, retraitée extrêmement active, interroge chacun sur ses motivations. Dominique, la cinquantaine, recherche un travail « pour s’en sortir » ; elle égrène avec une froide ironie les étapes d’un parcours professionnel contraint, de multiples reconversions dans des métiers essentiellement masculins, toujours en milieu rural. Fatima, déjà en activité partielle, voudrait travailler plus ; le rêve auquel elle s’accroche : passer le code, puis le permis, pour pouvoir être plus mobile et élargir son périmètre d’intervention. Jean-Michel, retraité d’une entreprise de tourisme d’affaires, cherche désespérément comment partager avec des plus jeunes une vie de passion vécue à travers de nombreux voyages ; il est très déçu que la mairie de son village n’ait pas donné suite à son offre de travail bénévole. Aïcha doit affronter un double coup bas du destin : elle s’est retrouvée, il y a quelques années, seule pour élever trois enfants, dont une fille souffrant d’une maladie orpheline ; son expérience et ses diplômes de secrétaire-comptable ne changent rien à son quotidien de chômeuse. Latifa, jeune femme, nouvellement mais pas complètement francophone, qui vient de passer son diplôme d’agent de propreté, cherche aussi de nouveaux contrats que la chargée d’insertion ne peut plus lui proposer : avec la crise, l’activité s’est ralentie.

Vidiane, notre retraitée active, a une idée derrière la tête : amener les participants à découvrir le groupe d’échange de compétences dont elle a pris l’initiative dans son village béarnais. Elle expose le fonctionnement de l’association créée il y a deux ans à peine, souligne ce qui peut attirer l’attention des cinq personnes en quête d’utilité sociale :

– Chaque compétence traitée également, sans hiérarchisation,

– Des échanges de services, sources d’économie pour ceux qui reçoivent en donnant,

– Une entraide bienveillante et pratique (accueil des enfants ; co-voiturage vital en milieu rural, etc…), soit aussi du lien social.

– La mise en relation avec d’autres personnes de milieux différents, première étape d’un réseau,

– Une plus grande confiance en soi et ses capacités, primordiale dans un entretien de travail.

Avec conviction et humilité, elle décrit les services déjà mis en place (jardinage, customisation de meubles, cuisine, informatique) et détaille les liens qu’elle a tissés dans les communes avoisinantes (un collège, une maison de retraite, d’autres associations). Mais aussi le pragmatisme des solutions d’autofinancement (concert, vide-grenier, etc…). Elle tire une certaine fierté de ne pas solliciter financièrement les élus.

C’est donc un public aux profils contrastés mais aux attentes communes, qui décide, à l’issue de la présentation du Jeu de l’Oie élaboré dans le cadre du projet européen Gamification, de tenter l’aventure ainsi résumée : on ne parlera pas de CV, on oubliera les diplômes, outils devenus moins utiles en période de chômage massif, mais on se concentrera sur les compétences douces, les talents de chacun, pour imaginer ensemble à qui ils seront utiles, à une entreprise du territoire, ou, pourquoi pas, dans le cadre de la Ronde des Savoirs en Béarn, puisque c’est le nom du groupe d’échanges de savoirs et compétences lancé avec succès par Vidiane et les adhérents de l’association.

Gamification, ce sont plusieurs semaines de travail et d’ateliers mis en oeuvre. Pour retracer l’historique du projet, consultez notre livret sans plus attendre ou téléchargez-le !