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Yo sé – Je sais

C’est lors de mes recherches pour un travail dans l’animation pour l’été 2017 que j’ai découvert ce projet de Service Volontaire Européen. Organisé par un ensemble d’associations internationales, dont l’association française Pistes Solidaires, ce projet nommé “Yo sé” devait permettre à de jeunes Européens venus d’Espagne, de France et de Hongrie, de vivre une expérience interculturelle et professionnelle, en Colombie, en Uruguay ou au Paraguay. Des jeunes de ces trois pays d’Amérique latine auront également l’opportunité de vivre une expérience similaire dans les pays Européens du projet.

C’est donc à Cali, dans la Valle del Cauca au sud de la Colombie, que nous avons atterris, nous les 8 volontaires Européens du programme Erasmus + pour y effectuer notre mission de deux mois au sein de structures socio-culturelles locales.

Quelle sensation étrange de remettre les pieds sur cette terre d’Amérique du sud après toutes ces années. Ma dernière expérience en Amérique du sud remonte alors à 2010, où je passais un mois sur les routes du Nord de la Bolivie et un autre mois au sein d’un orphelinat à Ayacucho au Pérou. Une expérience inoubliable qui a bien motivé ce nouveau départ et l’envie de découvrir davantage cette culture.

Mais voyager lorsqu’on a 18 ans, qu’on voyage pour la première fois à l’autre bout du monde, et quand on en a 25,  avec quelques expériences interculturelles en plus, ou d’expériences tout court, ce n’est plus pareil. Ma vision du monde, et ma façon d’interagir avec celui-ci ou avec les personnes qui m’entourent ont changé. Ce continent que j’ai idéalisé dans mon imaginaire et mes représentations de jeune occidental, n’était alors plus le même 6 ans plus tard. Je ne me retrouvais pas dans cet univers idéal et rêvé, mais bien dans un continent avec sa propre histoire, sa culture, ses propres défis, ses beautés, mais aussi ses laideurs.

J’arrive donc le 1er juillet dernier en Colombie, l’excitation d’une expérience nouvelle, d’un nouveau saut dans l’inconnu, se mêlent alors au stress de ne pas connaitre la structure dans laquelle nous allons travailler, ni les personnes, ni même l’endroit ou nous allons dormir et vivre. Mais c’est aussi ça le voyage non, partir dans une destination inconnue et nous ouvrir les portes de la découverte et de l’apprentissage.

Concernant la Colombie, ma connaissance s’arrête aux bases scolaires sur les civilisations pré-colombiennes, l’histoire du passé colonial et une brève connaissance de la naissance des guérillas en pleine guerre froide. J’arrive donc avec comme seules images et représentations l’affaire Bétencourt, le NON au référendum pour la paix avec les FARC, les documentaires d’Arte sur les espèces animales et les deux saisons de Netflix de la célèbre série Narcos. Autant dire que j’étais expert en culture Colombienne bien avant d’arriver.

À chaque nouvelle expérience interculturelle, j’ai besoin de temps pour m’adapter. Les premiers temps j’observe, je prends mes marques. Je prends les informations nécessaires, par exemple en terme de sécurité, les lieux et rues à éviter. Et à Cali, mais en Colombie en général, il y en a ! Lors de mes expériences précédentes au Pérou ou en Bolivie je ne sortais jamais seul dans une ville de cette taille. Cali compte presque 3 millions d’habitants, et un taux de violences et d’homicides assez énorme. Lorsque nous avions le malheur d’écouter une radio d’actualité le matin en partant au travail, les informations étaient de ce genre “hier sur la calle n°24 trois personnes assassinés” avec une voix digne du présentateur d’un show TV américain …

C’en devient presque une psychose, quand on nous répète les premiers jours de faire attention à ne pas sortir son téléphone dans la rue et de garder son sac sur le ventre. Et puis, après quelque temps on comprend que les règles de sécurité fonctionnent comme partout. À l’exception de ces “zones”, ces quartiers ou il est réellement déconseillé de se rendre seul, le reste de la ville est relativement sur si l’on connait les règles simples de sécurité. Nous sommes passés à quelques rares occasions dans ces rues vraiment déconseillées, en voiture, et je peux vous assurer que si ce n’est pas mon habitude d’être mal à l’aise dans des quartiers défavorisés ou la misère est aussi apparente, ces quartiers là eux font vraiment froid dans le dos.

Au delà de ces règles de sécurité, il s’agit aussi de choses plus pratiques et nécessaires, comme par exemple  comprendre le système de transport public, dont les habitants de la ville sont si fières, mais qui peut facilement devenir un vrai casse tête. Au départ pour nous rendre sur notre lieu de travail nous devions prendre un bus jusqu’au centre ville, puis traverser les allées centrales et enfin prendre une jeep (système de transport public très répandu pour se rendre au sein des comunas souvent situées sur des zones montagneuses). Suivant le traffic cela pouvait être entre 2 heures 30 et 3 heures de transports journaliers pour nous rendre sur le lieu de travail.

Une autre chose à comprendre et indispensable pour communiquer entre nous sur place, mais aussi avec les proches en Europe, sont les forfaits des opérateurs téléphoniques. Il peut paraitre un détail, et pourtant lorsqu’on est dans un pays dont l’on ne maitrise pas la langue natale du pays parfaitement, et ou l’on ne connait pas encore bien les personnes, ce contact peut être primordial.

Les premiers jours je prends aussi du temps pour goûter, comprendre la façon de s’alimenter dans le pays, comparer les commerces et les prix, certains produits européens que j’aime cuisiner n’existent pas ici ou sont des produits de luxes. Pour vous amis Français faites une croix sur les fromages à pâtes durs ou qui ont du goût ! Ici les fromages sont tous plus ou moins identiques, mais c’est comme tout on s’habitue et surtout on s’adapte, en sachant qu’on retrouvera un jour le plaisir d’un camembert en bouche ! Ici le fromage se mange également trempé dans un chocolat chaud! Et oui dans une expérience interculturelle il faut être ouvert à toutes les possibilités. Et vous savez quoi? C’était plutôt bon !!

Au bout de quelques semaines nous avons découvert une chaine de magasins, pleins de produits Européens, et j’ai pu acheter 4 tranches de Jambon de Bayonne (pardon pour les végétariens) et du bleu (pardon pour les végan) …. seul fromage à un prix abordable .. le brie Français coutait lui 11 Euros !! Peu importe, la salade jambon de Bayonne et bleue que j’ai pu faire le soir même a eu un petit goût du pays.

Mais au contraire de certains produits d’autres sont alors bien plus économiques qu’en Europe, les fruits et légumes par exemple, ou encore le poulet. Manger en extérieur est aussi bien plus abordable, vous pourrez trouver un déjeuner de qualité moyenne pour 2 euros. Et par chance, la cuisine Colombienne est relativement riche, variée et saine.

En tout cas, si j’ai appris une chose au cours de mes différentes expériences interculturelles, ou même de mes expériences en communauté, et qui s’est confirmé au cours de cette dernière, c’est que l’alimentation peut vraiment devenir une difficulté. En ce qui nous concerne nous autres volontaires par exemple, après plusieurs semaines à partager toutes les courses, nous avons alors changé notre système en achetant chacun notre propre nourriture, car nous avions réellement des habitudes alimentaires différentes.

Ce sont toutes ces petites choses qui demandent du temps et de l’énergie au début d’une expérience dans un autre pays.

Mais en plus de tout ça, de ces choses plus pratiques, je repère avant tout les personnes prêtes à m’accompagner, à m’aider pendant mon expérience, et à m’aider à m’intégrer à la vie locale. Et autant dire que Cali, mais je crois toute la Colombie, est pleine de personnes bienveillantes prêtes à vous aider. Les Colombiens sont toujours heureux et intéressés pour partager quelques mots, encore plus lorsqu’ils rencontrent quelqu’un qui vient de l’autre bout du monde. Ils ont tellement envie de vous aider qu’ils auront même du mal à avouer qu’ils ne peuvent pas ou ne savent pas vous aider. Ils peuvent vous donner une mauvaise direction plutôt qu’admettre qu’ils ne savent pas. Mais honnêtement, on ne peut pas leurs en vouloir de vouloir bien faire ! Nous sommes aussi invités à sortir, par tout le monde, et partout. Mais évidemment nous n’avons ni le temps ni l’énergie pour répondre présent à chacune des invitations.

Une invitation que j’ai moi accepté, dont je suis fier et que j’ai beaucoup apprécié, c’est bien d’avoir participé à des cours de salsa. Sachant que Cali est considérée comme la capitale mondiale de la salsa, je voulais profiter de mon séjour ici pour apprendre quelques pas, moi qui ai toujours eu en phobie de danser, encore plus devant du monde. J’ai donc participé à des cours de danse proposés gratuitement dans le quartier ou nous vivions ! Une voisin m’y a invité, j’y ai été très bien reçu, félicité par les gens du quartier d’essayer d’apprendre et de m’intéresser à quelque chose qui appartient à leur culture autant que la langue.

Lorsque nous avons fait connaissance avec les enfants et adolescents que nous avons rencontré ou avec lesquels nous avons travaillé, une question qui est toujours revenue, était celle de la danse.

“Comment dansez-vous en France?” Que répondriez-vous à ça ? Ici c’est salsa sous toutes ses formes mais salsa, et dès le plus jeune âge. Je comprenais alors qu’il était pour eux un moyen de communication aussi important que le langage, puisque parfois avant même de me demander comment je parle, on me demandai comment je danse.

C’est donc avec curiosité et intérêt que les Colombiens, des plus jeunes aux plus anciens nous ont appréhendé. Je me rappel encore que le regard des gens était bien différent au Pérou ou en Bolivie, même si dans l’ensemble ils furent très accueillant je me rappel avoir été beaucoup plus victime de préjugés, traité et vu comme le “gringo”. En Colombie pas une seule fois, d’ailleurs le mot “gringo” n’a pas ici un sens péjoratif. Nous sommes bien loin de la haine du touriste ou de l’étranger qu’on peut alors rencontrer dans certaines régions du monde aujourd’hui, même dans nos chers pays. Car nous sommes bien loin aussi du tourisme de masse. Quelle surprise de se retrouver sur les boulevards du centre ville de Cali, la zone la plus “touristique” et être le seul groupe d’Européens de tout le boulevard. Le pays est encore épargné par les méfaits du tourisme, notamment à cause des conflits internes et une situation politique encore très fragile.

Au cours de ce voyage, et dès le premier jour, nous avons été reçus et accueillis de la plus belle des manières par des personnes généreuse. La “Corporacíon por el Desarrollo Regional” est un réseau de différentes structures socio-culturelles locales. Nous avons travaillé et partagé le quotidien de ces personnes qui y travaillent, des personnes passionnées et très impliquées dans la création d’une Colombie démocratique qui défend les droits de ses citoyen(ne)s quels qu’ils soient. Toujours disponibles, nous avons eu de nombreuses occasions de partager des moments, des repas, des discussions et des sorties avec eux. Nous avons notamment découvert les parcs et les rivières alentours, partagé des “arepas”, les célèbres galettes de maïs dans lesquelles ils mettent différents aliments, ou encore découvert une partie de la culture afro-colombiennes lors du célèbre festival Petronio Alvarez.

Nous avons partagé toutes nos journées de travail avec une très belle équipe, toujours dans la bonne humeur, et qui a su rapidement nous laissé des responsabilités, nous faire confiance et faire de nous une vraie force de propositions. Avec les enfants et adolescents du quartier nous avons mis en place différentes activités et ateliers : des cours de langues, de guitare, des ateliers de créations manuelles, des ateliers de vidéo, d’écriture, et bien d’autres activités ludiques. Les enfants et tous les autres bénéficiaires du Centre Culturel, adolescents, familles et personnes âgées, ont toujours été bon public pour travailler avec nous, apprendre et nous apprendre, pour découvrir notre langue, notre culture, et même pour faire et partager des crêpes!

Au cours de mon expérience en Colombie, j’ai également eu l’opportunité de travailler quelques journées au sein d’un autre projet, située dans la ville de Florida, à une heure de Cali. Dans cette région rurale, ou vivent des populations bien plus touchées par la pauvreté et par les conflits, se trouvent aussi les terres d’un grand nombre de communautés indigènes. Et au cours de ces journées je me suis rendu avec les membres d’une équipe au sein d’une de ces communautés pour travailler et faire des activités avec les enfants de cette communauté. Des enfants et une population adorable, heureux de partager et m’apprendre un petit peu de leur culture et leur monde. Il règne dans cette communauté, au milieu des montagnes, un air frais et pur, une vraie sérénité, je m’y sens bien.

À l’heure ou j’écris ces lignes, je passe mes derniers jours ici. Je sais qu’au fil des années j’oublierai certaines choses, je sais que j’oublierai des noms, des visages, mais je sais surtout que je n’oublierai jamais cette sensation que procure l’expérience nouvelle, je sais que n’oublierai jamais combien les Colombiens sont un peuple accueillant, qui méritent toute ma gratitude. Aujourd’hui, je sais. Yo sé.

Raphaël Devilliere